Mise au rebut en comptabilité : définition et écritures pour stocks et immobilisations
La mise au rebut est une opération comptable qui consiste à retirer du bilan un actif qui a perdu toute valeur économique et ne peut plus être utilisé ni vendu. Elle s’applique aux stocks et aux immobilisations, qu’elles soient corporelles ou incorporelles. Dans ce texte je vous explique, pas à pas, quand décider une mise au rebut, comment la comptabiliser, et quelles preuves conserver pour rester en règle lors d’un contrôle.
À retenir :
Décidez et comptabilisez une mise au rebut de façon méthodique, pour sécuriser vos écritures et faciliter un contrôle ultérieur.
- Je vous recommande de rédiger un procès-verbal détaillé (motif, quantités, méthode de destruction, dates et validations) et d’obtenir une attestation de destruction si un prestataire intervient.
- Pour les immobilisations, ramenez la valeur nette comptable à zéro (amortissement exceptionnel si nécessaire) avant la sortie, ou justifiez clairement l’enregistrement de la VNC en 675.
- Pour les stocks, enregistrez la perte par Débit 6788 ou compte approprié et Crédit du compte de stock correspondant, en évitant les doublons selon que vous pratiquez un inventaire permanent ou intermittent.
- Conservez toutes les pièces (PV, attestations, photos, mise à jour du registre d’inventaire et numéro d’inventaire) pour prouver la réalité matérielle de l’opération lors d’un contrôle.
Définition et périmètre de la mise au rebut
Avant d’entrer dans les écritures, clarifions ce que recouvre la mise au rebut et quels biens sont concernés. Cette section fixe le cadre pour éviter toute confusion avec d’autres mécanismes comptables.
Éléments concernés
La mise au rebut vise deux grandes familles d’actifs : les stocks et les immobilisations. Pour les stocks, il s’agit généralement de marchandises qui ne peuvent plus être vendues, par exemple des produits périmés ou endommagés.
Pour les immobilisations, la portée inclut les biens corporels et incorporels. Les machines hors service, le matériel obsolète ou encore des logiciels devenus inutilisables sont des cas fréquents.
- Stocks : marchandises périmées, invendables, endommagées, obsolètes.
- Immobilisations corporelles : machines, matériel, véhicules, équipements hors service.
- Immobilisations incorporelles : logiciels obsolètes, brevets devenus sans valeur.
Motifs typiques justifiant la mise au rebut
Plusieurs situations conduisent à la mise au rebut. La décision peut être proactive, pour moderniser l’outil, ou forcée par un événement extérieur. Voici les motifs les plus fréquents.
On cite couramment la fin d’usage, l’obsolescence technique ou commerciale, un sinistre sans indemnité, ou une non-conformité aux normes de sécurité ou de qualité. Ces motifs doivent être documentés pour justifier la sortie de l’actif.
Distinctions utiles
Il est important de bien distinguer la mise au rebut d’autres traitements comptables. Ces différences ont un impact sur les comptes à utiliser et sur la manière de justifier l’opération.
Mise au rebut vs amortissement : l’amortissement réduit la valeur comptable d’un actif sans le retirer du bilan, la mise au rebut entraîne la sortie de l’actif. Mise au rebut vs cession : la cession implique un prix de vente, la mise au rebut se fait sans contrepartie. Mise au rebut vs dépréciation : la dépréciation constate une perte de valeur, mais l’actif reste inscrit à l’actif.
Quand et comment décider une mise au rebut
La décision ne doit pas être improvisée. Elle repose sur l’évaluation de la valeur d’usage et de la valeur de réalisation, ainsi que sur une analyse coûts/bénéfices. Je vous détaille les critères pratiques à appliquer.
Conditions générales
La mise au rebut intervient lorsque l’actif n’a plus de valeur d’usage ni de valeur de réalisation. Autrement dit, il ne rapporte plus rien et ne peut être vendu pour un montant significatif.
Si les coûts de réparation ou de remise en conformité sont disproportionnés par rapport aux bénéfices attendus, la mise au rebut devient la solution rationnelle. Cette appréciation doit être motivée et documentée.
Cadre spécifique aux immobilisations
Pour une immobilisation, la pratique recommandée consiste à ramener la valeur nette comptable à zéro avant sa sortie. Cela peut nécessiter un amortissement exceptionnel si l’amortissement normal n’a pas suffi.
Le prix de cession est nul dans une mise au rebut, contrairement à une vente. Si une indemnité d’assurance existe, le traitement se rapproche d’une cession et il faudra comptabiliser le produit correspondant.
Cadre spécifique aux stocks
Pour les stocks, la mise au rebut concerne les lots détériorés, périmés, non conformes aux règles de sécurité ou devenus invendables. Il convient d’opérer un tri physique et d’établir un procès-verbal décrivant les quantités et l’état.
Selon que l’entreprise pratique un inventaire permanent ou intermittent, le point de comptabilisation diffère, il faut éviter les doublons comptables lors de la clôture.
Nature de la décision
La mise au rebut peut être volontaire, par exemple un choix stratégique de modernisation, ou imposée, par exemple suite à un sinistre ou une contrainte réglementaire. La nature de la décision a des conséquences sur la documentation à produire.
Dans les deux cas, la traçabilité est importante, car elle justifie la charge comptable et démontre la bonne gouvernance des actifs.
Traçabilité et conformité
Il est impératif d’établir un procès-verbal de mise au rebut qui décrit précisément les éléments, les quantités, l’état, le motif, la méthode de destruction, la date et les validations internes. Ce document sert de base en cas de contrôle.
Conservez aussi tout justificatif externe, par exemple une attestation de destruction fournie par un prestataire agréé. Ces pièces confirment la réalité matérielle de l’opération.
Écritures comptables pour la mise au rebut des immobilisations
Les écritures varient selon que l’immobilisation est totalement amortie ou non. Je vous propose les schémas standards et une alternative admise par certains professionnels.
Préparatifs communs
Avant d’écrire les comptes, identifiez le compte d’immobilisation dans la classe 2, par exemple 215 pour installations techniques, 2183 pour matériel de bureau, 205 pour logiciels. Vérifiez l’amortissement cumulé dans la classe 28.
Cette phase d’inventaire permet de repérer le numéro d’inventaire et d’éviter les erreurs d’imputation. L’exactitude des comptes est la base d’une sortie propre.
Cas 1 : immobilisation totalement amortie
Lorsque l’immobilisation est totalement amortie, la sortie s’effectue sans impact en charges ou produits. On annule l’amortissement cumulé et on crédite le compte d’immobilisation pour le coût d’origine.
Écriture type : Débit 28 Amortissements des immobilisations, Crédit 2 Immobilisations pour le coût historique. L’effet est la suppression de l’actif et de son amortissement, la valeur nette comptable devient zéro, sans passage en 675 ni 775.
Exemple chiffré : machine coût d’origine 10 000, amortissement cumulé 10 000. Débit 2815 10 000, Crédit 215 10 000.
Cas 2 : immobilisation non totalement amortie (approche recommandée)
Si l’immobilisation n’est pas totalement amortie, il faut d’abord ramener la valeur nette comptable à zéro par un amortissement exceptionnel. Ce mécanisme évite d’enregistrer la perte en 675.

Étape 1 : Débit 6871 ou 6872 pour la valeur nette restante, Crédit 28 pour augmenter l’amortissement cumulé. Étape 2 : Débit 28 pour l’ensemble de l’amortissement, Crédit 2 pour le coût d’origine. L’opération génère une charge exceptionnelle en 6871 ou 6872 égale à la VNC.
Cas 2 bis : variante avec perte en 675
Certains professionnels constatent directement la valeur nette comptable en 675, lors d’une écriture unique de sortie. Dans ce cas, la perte est reconnue en 675 au lieu d’un amortissement exceptionnel en 6871 ou 6872.
Écriture type : Débit 675 pour la VNC, Débit 28 pour l’amortissement cumulé, Crédit 2 pour le coût d’origine. Cette alternative est acceptable mais ne suit pas toujours la procédure la plus stricte.
Cas particuliers
En cas de sinistre avec indemnité d’assurance, la présence d’une indemnité rapproche l’opération d’une cession. L’indemnité se comptabilise en 775 Produits des cessions d’éléments d’actif, et la VNC peut figurer en 675 si elle n’a pas été ramener à zéro.
Aucune TVA n’est collectée en l’absence de vente, la sortie se fait sans contrepartie et sans produit de cession, sauf indemnité. N’oubliez pas de mettre à jour le registre des immobilisations et d’indiquer le numéro d’inventaire.
Voici un tableau récapitulatif des écritures usuelles pour les immobilisations et stocks, utile pour une lecture rapide.
| Situation | Écriture (débit) | Écriture (crédit) | Remarque |
|---|---|---|---|
| Immobilisation totalement amortie | 2815 10 000 | 215 10 000 | Sortie sans impact 675/775 |
| Immobilisation non totalement amortie (recommandée) | 6872 5 000 puis 2805 12 000 | 2805 5 000 puis 205 12 000 | Amortissement exceptionnel puis sortie |
| Immobilisation non totalement amortie (variante) | 675 6 000 et 2815 14 000 | 215 20 000 | Perte constatée en 675 |
| Stocks détruits | 6788 4 500 | 35 4 500 | Charge exceptionnelle pour coût d’entrée |
Écritures comptables pour la mise au rebut des stocks
Les stocks suivent une logique différente de celle des immobilisations. L’opération vise à sortir un inventaire invendable et à constater une charge qui reflète la perte.
Préparatifs
Identifiez la nature du stock pour choisir le bon compte de classe 3, par exemple 31 pour matières premières, 35 pour produits finis, 37 pour marchandises. Effectuez un recensement physique et rédigez un PV de destruction. Un bon suivi des stocks facilite ces opérations.
Si un prestataire réalise la destruction, obtenez une attestation. Ces pièces doivent être jointes à l’écriture comptable pour assurer la traçabilité.
Écriture standard
La comptabilisation standard consiste à débiter 6788 Charges exceptionnelles diverses pour le coût d’entrée du stock détruit, et à créditer le compte de stock approprié. Cette méthode reflète la perte comptable liée à la destruction.
Exemple chiffré : marchandises coût 3 000 détruites, Débit 6788 3 000, Crédit 37 3 000.
Variantes selon l’origine de la perte
Certains plans de comptes prévoient des ventilations plus précises, par exemple des comptes pour vol ou sinistre (6178). La logique reste la même : le crédit vise le compte de stock, et le débit enregistre la charge correspondante.
En inventaire permanent, passez l’écriture au fil de l’eau lors de la destruction. En inventaire intermittent, vérifiez que la variation de stocks de fin d’exercice n’entraîne pas un doublon comptable.
Procédure, contrôles internes et documentation
La mise au rebut doit suivre une procédure documentée et des validations internes. Voici les étapes pratiques pour sécuriser l’opération et être prêt en cas de contrôle fiscal ou interne.
Étapes recommandées
Commencez par identifier les biens à rebuter avec un descriptif précis, le numéro d’inventaire pour les immobilisations et la référence article pour les stocks. Associez toujours une valeur comptable ou un coût d’entrée aux éléments concernés.
Faites valider la décision par un responsable technique et un responsable financier. Rédigez un PV de mise au rebut mentionnant le motif, l’état, les quantités, la valeur ou le coût d’entrée, la date, la méthode de destruction et les visas nécessaires.
Organisation de la destruction et archivage
Organisez la destruction ou la mise hors service, éventuellement via un prestataire agréé, et récupérez une attestation. Ensuite, passez les écritures comptables et mettez à jour les registres des immobilisations et des stocks.
Archivez l’ensemble des pièces pour répondre à tout contrôle et pour justifier la déductibilité des charges. La conservation des preuves est une garantie de conformité et de transparence dans la gestion des actifs.
Exemples chiffrés prêts à l’emploi
Pour faciliter l’application, voici des écritures prêtes à saisir, selon les cas les plus fréquents rencontrés en entreprise.
- Immobilisation corporelle totalement amortie, coût 10 000, amortissement cumulé 10 000 : Débit 2815 10 000, Crédit 215 10 000.
- Logiciel non totalement amorti, coût 12 000, amortissement cumulé 7 000, VNC 5 000, approche recommandée : Débit 6872 5 000, Crédit 2805 5 000, puis Débit 2805 12 000, Crédit 205 12 000.
- Stocks de produits finis périmés, coût 4 500 : Débit 6788 4 500, Crédit 35 4 500.
- Variante alternative immobilisation non totalement amortie, coût 20 000, amortissement cumulé 14 000, VNC 6 000 : Débit 675 6 000, Débit 2815 14 000, Crédit 215 20 000.
Questions fréquentes
Je réponds ici aux interrogations que je rencontre le plus souvent chez mes clients ou lors de missions de conseil.
La mise au rebut impose-t-elle que l’immobilisation soit totalement amortie ?
Dans la pratique recommandée, oui : on ramène d’abord la valeur nette comptable à zéro par amortissement normal puis, si nécessaire, par amortissement exceptionnel, avant de passer la sortie sans impact en 675 ni 775.
Si l’on choisit de ne pas appliquer cette méthode, il est possible de constater directement la VNC en 675, mais cette variante n’est pas toujours la plus rigoureuse d’un point de vue documentaire.
Quelle différence entre mise au rebut de stocks et provision pour dépréciation des stocks ?
La mise au rebut retire physiquement et comptablement le stock invendable du bilan et comptabilise une charge. La provision pour dépréciation, compte 39, réduit la valeur du stock restant à la clôture sans le supprimer.
La provision est un ajustement de valeur, la mise au rebut matérialise une destruction ou une suppression d’éléments concrets.
Faut-il un document spécifique ?
Oui, un procès-verbal de mise au rebut est recommandé, et si la destruction est réalisée par un tiers, une attestation de destruction doit être conservée. Ces documents assurent la traçabilité et renforcent la fiabilité des écritures comptables.
Sans ces pièces, il est difficile de justifier la charge en cas de contrôle, notamment pour des sinistres ou des non-conformités réglementaires.
Pour conclure, la mise au rebut est une opération structurée qui demande rigueur dans la documentation, clarté dans les écritures et coordination entre le service technique et le service comptable. En respectant ces étapes, vous protégez l’entreprise et simplifiez les vérifications ultérieures.
